Accueil » Bébé et son corps » Le goût » L’éveil des papilles : comment bébé découvre les saveurs avec le lait maternel ou infantile

L’éveil des papilles : comment bébé découvre les saveurs avec le lait maternel ou infantile

Un nouveau-né ne goûte pas le monde comme nous. Pourtant, dès la naissance, il distingue le sucré de l’amer, et il a même fait connaissance avec les saveurs de sa famille avant de voir le jour. Les papilles comptent parmi les sens les plus précoces du tout-petit. La façon dont on va nourrir bébé pendant les premiers mois, au sein ou au biberon, laisse une empreinte sur ses goûts futurs.

Des papilles actives bien avant la naissance

Les bourgeons du goût apparaissent vers la 7e ou 8e semaine de grossesse. Vers la 14e semaine, ils sont fonctionnels. Le fœtus avale alors du liquide amniotique, dont l’odeur et la saveur varient avec l’alimentation de la mère : ail, cumin, anis, vanille, carotte. Rien de spectaculaire, mais une première exposition, répétée jour après jour.

Des travaux menés par la chercheuse américaine Julie Mennella (Monell Chemical Senses Center) ont montré que des bébés dont la mère avait bu du jus de carotte pendant la grossesse ou l’allaitement acceptaient plus volontiers des céréales parfumées à la carotte au moment de la diversification. Le goût se construit donc très tôt.

Ce que bébé perçoit à la naissance

Certaines préférences sont innées. Le nouveau-né est attiré par le sucré, ce qui tombe bien : le lactose du lait lui donne une saveur légèrement sucrée. À l’inverse, il rejette l’amer et réagit souvent à l’acide. La sensibilité au salé, elle, se met en place plus tard, autour de 4 mois environ.

Ces réflexes ont une logique de survie. Le sucré signale une source d’énergie, l’amer peut annoncer un poison. Le reste du répertoire gustatif, lui, s’apprend.

Le lait maternel : un menu qui change d’un jour à l’autre

Le lait de la mère porte des traces de son alimentation. Ail, menthe, vanille, carotte, épices : certaines molécules aromatiques passent dans le lait quelques heures après le repas. Le bébé allaité goûte donc un lait dont la saveur évolue selon les jours, un peu comme une cuisine familiale qui varie.

C’est ce qu’on appelle la transmission des saveurs. Elle ne garantit pas qu’un enfant adorera les légumes, mais elle semble faciliter la rencontre avec des goûts nouveaux. Les études suggèrent que les enfants allaités acceptent en moyenne un peu plus facilement les aliments que leur mère consomme régulièrement.

Le lait infantile : un goût stable, pas un goût pauvre

Le lait infantile a une saveur constante d’un biberon à l’autre. Pas de variation liée au repas de la veille, mais pas de handicap non plus : le bébé nourri au lait infantile construit lui aussi ses préférences, au fil des expositions et de l’ambiance des repas.

Un cas intéressant : les laits à base de protéines hydrolysées, prescrits notamment en cas d’allergie aux protéines de lait de vache, ont un goût plus amer et plus acide. Les travaux de Mennella et de son équipe indiquent que les enfants nourris ainsi pendant les premiers mois tolèrent ensuite mieux ces saveurs. Une preuve de plus que les papilles s’éduquent par l’exposition.

CritèreLait maternelLait infantile
GoûtVarie selon l’alimentation de la mèreStable d’un biberon à l’autre
Transmission des saveursOui, via les arômes passant dans le laitNon, sauf formules spécifiques au goût marqué
Effet sur l’acceptation futureFacilite la découverte de nouveaux alimentsDépend de l’exposition ultérieure et du contexte des repas

Ce que les parents peuvent faire concrètement

  • Mère allaitante : manger varié, sans se forcer ni s’imposer d’interdits sans raison médicale. L’alcool reste à éviter, et la caféine à limiter.
  • Biberon : ne pas sucrer le lait, ne pas y ajouter d’arôme, et éviter de changer de marque sans avis du pédiatre.
  • Diversification : elle débute entre 4 et 6 mois, selon les recommandations françaises de santé publique. Proposer d’abord des légumes, sans sel ni sucre ajouté.
  • Insister avec douceur : un aliment refusé peut nécessiter plusieurs présentations, souvent entre 8 et 10, avant d’être accepté.
  • Respecter l’appétit : un bébé qui détourne la tête dit stop. On n’insiste pas ce jour-là.

La régularité compte autant que la variété. Des repas pris au calme, sans écran, avec un adulte qui mange la même chose sous les yeux de l’enfant, aident le tout-petit à associer un goût nouveau à un moment agréable. L’enfant observe, imite, goûte. Ce climat pèse souvent plus lourd que n’importe quelle astuce de recette.

Vers 2 ans, beaucoup d’enfants entrent dans une phase de néophobie alimentaire : ils refusent ce qu’ils ne connaissent pas. C’est un cap normal du développement, et une base gustative large, construite tôt, aide à le traverser.

Questions pratiques

Bébé fait la grimace devant un nouvel aliment : il n’aime pas ?

Pas forcément. La grimace traduit souvent la surprise face à une texture ou à une saveur inconnue. Il faut laisser passer quelques jours, puis représenter l’aliment sans commentaire.

Les épices de mon repas changent-elles le goût du lait ?

Oui, de façon discrète. La plupart des bébés s’en accommodent très bien. Si un bébé se montre systématiquement agité après un aliment précis, le mieux est d’en parler au pédiatre ou à la sage-femme.

Peut-on changer de lait infantile sans risque ?

Oui, mais l’avis du médecin reste utile. Le bébé peut hésiter quelques biberons, le temps de s’habituer à une saveur légèrement différente.

Faut-il sucrer pour que bébé accepte ?

Non. L’attirance pour le sucré est déjà là. L’ajouter ne ferait qu’installer une préférence difficile à défaire par la suite.

Au fond, nourrir bébé ne se résume pas à combler sa faim. Chaque tétée, chaque biberon, chaque première cuillère nourrit aussi sa curiosité gustative.

4.4/5 - (6 votes)